L’Ensma forme l’élite chinoise30 Oct 2008 Des enseignants de l’Ensma vont former des ingénieurs chinois qui auront vocation à devenir l’élite de leur pays dans le secteur de l’aéronautique. Pour le Technopolitain, le nouveau directeur Francis Cottet donne son avis sur l’opportunité de former aujourd’hui ceux qui seront les concurrents d’Airbus… demain.
Francis Cottet, en quoi consiste l’intervention de l’Ensma en Chine ?
«L’idée initiale était de créer un pôle dédié à l’aéronautique à Tianjin, une ville située à 150 km au sud de Pékin. Dans le cadre d’un accord commercial, la Chine s’était engagée à acheter des A320 à condition qu’Airbus installe sa ligne de montage dans le pays. Aucun bureau d’études n’a été transféré, mais Airbus a apporté une technologie de fabrication. Attention, la technologie de l’A320 était relativement connue. Au-delà, les Chinois nous ont demandé de former leurs ingénieurs. Le réseau des Grandes écoles d’aéronautique (GEA) a donc été sollicité pour créer, en 2007, un collège franco-chinois avec une formation en 5 ans. Les deux premières étant consacrées à des cours généraux de maths sup et physique, l’Ensma enverra, dès septembre 2009, des enseignants pour donner des cours à la première promotion arrivée en 3e année.»
Cela concernera combien d’enseignants ?
«A plein régime, 3 postes seront détachés ponctuellement sur quelques semaines. Des financements interministériels (recherche, industrie, affaires étrangères) ont été obtenus. Pour les remplacer à l’Ensma, nous aurons recours par exemple à des Attachés temporaires d’enseignement et de recherche (ATER). Ces jeunes seront ainsi testés durant un à deux ans avant d’être recrutés par la suite si des postes s’ouvrent. En Chine, les enseignants français ne feront que les cours et montreront aux formateurs chinois comment animer des travaux dirigés. Les promotions en Chine seront de 50 à 100 étudiants. Le nombre d’enseignants a vocation à diminuer au fil des années. En effet, comme nous l’avons déjà fait au Vietnam, le but est que ce collège soit autonome.»
Dans un marché ultraconcurrentiel et mondialisé comme celui de l’aéronautique, n’est-il pas dangereux de disséminer ainsi son savoir-faire ?
«Non, je ne crois pas, et pour plusieurs raisons. Les cours sont déjà accessibles sur Internet. De plus, on explique simplement comment fonctionne un laboratoire. Comprenez bien, les étudiants que nous formons là-bas viendront effectuer leur stage dans les grands groupes français avant d’être recrutés par les compagnies de leur pays. L’avantage, c’est qu’au moment de passer une commande d’avions, ces mêmes compagnies choisiront le matériel que leurs cadres connaîtront déjà. Airbus dispose d’une très forte avancée technologique. Bien sûr, nous faisons le pari économique que la Chine ne sera pas capable de copier l’entreprise avant au moins 15 ans.»
Recueilli par Romain Mudrak
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